Une notion de gratuité est attachée aux éléments naturels. L’air que nous respirons ou l’eau que nous buvons sont des éléments vitaux dont l’idée même qu’ils aient un coût va à l’encontre d’un certain sens commun. Cette conception trouve par ailleurs une justification dans l’approche économique classique ; celle-ci assimilait la valeur d'un bien aux coûts engagés pour le produire et ne prenait donc pas en compte les éléments naturels. F. BASTIAT écrivait ainsi en 1850 que "la houille de Newcastle est prodiguée gratuitement à tous les hommes : elle leur est prodiguée à titre gratuit comme l'eau du torrent, à la seule condition de l'aller chercher ou de restituer cette peine à ceux qui la prennent pour nous. Quand nous achetons la houille, ce n'est pas la houille que nous payons, mais le travail qu'il a fallu exécuter pour l'extraire et la transporter".
- La croissance démographique et l'augmentation des besoins humains, la dégradation des milieux naturels et la conscience des limites de notre planète ont bousculé cette façon d'appréhender les réalités. L’épuisement progressif des ressources non renouvelables et l’altération des ressources renouvelables confèrent aux éléments naturels une valeur que l’analyse économique doit désormais intégrer. Pour mieux évaluer la richesse réelle des pays, les Nations Unies et la Banque Mondiale mènent par exemple depuis plusieurs années des travaux visant à associer au Produit Intérieur Brut (PIB) une comptabilité du patrimoine naturel considérant la disponibilité des ressources et les dommages causés à l'environnement.
- Les éléments naturels acquièrent ainsi une valeur économique au moins égale aux dépenses que provoquent leurs dégradations. Le prix que nous acceptons de payer pour leur préservation dépend dès lors de la conscience que nous avons des conséquences dans le temps et dans l'espace des pressions que nous exerçons sur notre environnement.
Le prix de l'eau en Bourgogne
- La quantité d’eau sur l’ensemble de la planète est estimée à 1 400 millions de kilomètres cubes. Mais plus de 97% de cette eau est salée et près de 2% est gelée par les glaciers. L’eau douce disponible ne représente en définitive qu’environ 1% de ce total. Cette quantité n’a guère varié depuis l’apparition de l’homme sur Terre, alors que la population de la planète n’a cessé de croître et que la consommation d’eau par habitant a fortement progressé.
- Ainsi, l’augmentation de nos besoins en eau, des précipitations parfois capricieuses et les effets d’une pollution de plus en plus importante imposent désormais de préserver la quantité et la qualité des ressources. Les actions nécessaires dans ce domaine ont un coût qui se répercute sur le prix à payer par l’usager. Les augmentations qu’a connues sa facture d’eau au cours des dernières années a fait du prix de l’eau un sujet de préocccupation tant pour les consommateurs que pour les collectivités locales.
- Cette facture continuera probablement d’augmenter plus rapidement que le coût de la vie dans les années qui viennent. L'amélioration du traitement des eaux usées explique pour une large part cette augmentation. La qualité des eaux a un coût. Ce coût peut paraître élevé. Mais il risquerait de l'être beaucoup plus si rien n'était fait. Une famille de 4 personnes dépense en moyenne entre 2000 et 3000 francs d'eau par an dans notre région. La même famille, si elle boit de l'eau en bouteille, dépense globalement le double.
- En coordination avec les Agences de l’eau, l’OREB a analysé le prix de l’eau en Bourgogne. Les résultats portent sur un échantillon représentatif de 258 communes, regroupant plus de la moitié de la population bourguignonne. Ils concernent l’année 1996 et seront actualisés chaque année.
- Vers une pénurie mondiale de l'eau ? "L'eau risque au XXIème siècle de devenir une denrée rare". Tel est le diagnostic établi au cours du Forum mondial de l'eau qui a réuni en mars dernier à Marrakech les représentants des organisations internationales en charge de cette question. Ce diagnostic consolide le constat déjà dressé par la Banque mondiale en 1995 concernant la pénurie d'eau qui se profile à l'échelle de la planète. Les chiffres font apparaître que la quantité d'eau disponible par habitant a diminué de 40 % depuis 1970. En 2025, les 2/3 de la population mondiale prélèveront l'eau à un rythme plus élevé que celui de son renouvellement naturel et, en 2050, la majorité de la population souffrira de ce que l'on commence à appeler le "stress hydrique". Plusieurs phénomènes en sont à l'origine : la répartition inégale des réserves, l'augmentation de la population (qui devrait doubler d'ici 2050), l'irrigation des terres agricoles (responsable de plus de 70 % des prélèvements), la mauvaise gestion de l'eau perdue au cours de son acheminement et les pollutions qui rendent l'eau impropre à la consommation, le développement d'un mode de vie consumériste. Une incertitude risque d'aggraver encore cette situation : nul ne sait décrire quel sera au siècle prochain l'impact sur le climat des rejets de gaz à effet de serre et du réchauffement global de la planète.
- L'accès à l'eau représente pour la plupart des Etats un enjeu vital pour assurer l'approvisionnement alimentaire des populations et couvrir les besoins de l'industrie. 300 zones de conflits potentiels sont recensées par les Nations Unies ; les plus significatives d'entre elles sont identifiées au Proche Orient, au Moyen Orient et en Afrique du Nord. Une proposition est avancée par les instances internationales : la constitution d'un marché et d'un cours mondial de l'eau, comme il en existe un pour le pétrole, pourrait favoriser une répartition équitable de la ressource et prévenir les conflits qui se dessinent.
- La France sera-elle épargnée par ces problèmes ? Les épisodes de sécheresse qui sont enregistrés depuis 20 ans soulèvent la question. Les experts sont pourtant optimistes : l'Europe de l'Ouest fait partie des zones privilégiées qui seront autosuffisantes au XXIième siècle. Sous l'effet des influences océaniques tempérées et favorisée par un sous-sol propice au stockage de l'eau, la France dispose d'un apport d'eau de pluie utilisable évalué entre 120 et 150 milliards de m3 par an en moyenne et de 1000 à 2000 milliards de m3 de réserves souterraines. Cette situation pose cependant la question de la gestion de ce capital naturel. La trop forte exploitation de certaines nappes, comme celles de la Beauce ou d'Aquitaine, et la dégradation de la qualité de la ressource présentent des risques pour sa pérennité et engendrent des conflits d'usage. Ces questions rendent nécessaire l'adaptation des activités humaines aux ressources disponibles.