Les bocages en Bourgogne : présentation et résultats du dispositif d'observation des évolutions des bocages en Bourgogne

décembre 2001

Rapport technique - 94 pages

SOMMAIRE

  • La démarche engagée par l'OREB
  • Les sites du dispositif d'observation des évolutions des bocages
  • Les résultats par commune
  • Synthèse des résultats
  • Annexes méthodologiques

Introduction

L’OREB mène un travail d’observation sur les évolutions des bocages en Bourgogne. Ce travail a pour objectif de caractériser les évolutions spatiales et qualitatives des réseaux bocagers sur un échantillon de sites représentatifs en Bourgogne.
Une première étude a pu être menée en 2000 sur 14 sites bourguignons, complétée en 2001 par l’étude des réseaux de haies de vingt et une communes. 35 sites composent ainsi aujourd’hui le dispositif d’observation des évolutions des bocages en Bourgogne.

Ce rapport technique dresse un état des lieux de ce dispositif au 31 décembre 2001. Il présente, pour chacune des communes retenues au sein de ce dispositif, les principaux résultats commentés de l’évolution quantitative et qualitative de leur réseau de haies.

Conclusion

La plupart des bocages de Bourgogne se sont structurés au cours du XIXe siècle.
 

  • L’élevage bovin à cette époque se développe ; l’abandon des pratiques d’assolement libère des terres qui peuvent être transformées en pâtures. La nouvelle Administration des Eaux et Forêts met un terme aux droits d’usage dans les forêts et notamment au pâturage du bétail. Il convient alors de réserver de l’espace à cet usage et de cloisonner les prairies. Dans un premier temps, les haies sont constituées de bois morts comme au Moyen-Age ; elles se végétalisent progressivement. Les haies servent de clôtures pour contenir les animaux et fournissent du bois de chauffage. 
  • Cette période est marquée par l’essor de la race bovine charolaise. En Bourgogne, le Nivernais, l’Auxois, le Charolais et le Brionnais se spécialisent dans l’élevage de bovins de boucherie. Les zones de polyculture et d’élevage (Bresse, plateaux bourguignons, plaines alluviales…) sont également concernées par la mise en place de réseaux de haies qui séparent les prairies des cultures.
  • Dans le Charolais et l’Autunois, les haies sont peu nombreuses au Moyen-Age et sont généralement constituées de bois morts. Les "haies sèches" séparent les terres arables des prairies qui occupent principalement les fonds de vallons, trop humides pour être cultivés. Elles longent également les chemins et séparent les terres cultivées des espaces boisés : les haies empêchent les animaux domestiques parqués en forêt (porcs, moutons, bovins, chevaux) d’accéder aux cultures.

Les bocages bourguignons sont à leur apogée au XXe siècle, entre les deux conflits mondiaux. Les informations disponibles faisaient état d’une régression des réseaux de haies en Bourgogne à partir des années 40.  

Les résultats obtenus dans le cadre du dispositif d’observation des bocages confirment une tendance lourde, à savoir :

  • une diminution des linéaires de haies ;
  • une déstructuration des réseaux bocagers ;
  • une évolution de la structure des haies liées à leur entretien mécanisé et au non-remplacement des arbres morts ou abattus.

 
Ces évolutions concernent la plupart des sites étudiés.

  • Le linéaire de haies a diminué en moyenne de 38% en une cinquantaine d’années sur les 35 communes étudiées ; cette diminution varie de 7 à 91%. Seules les communes de Chazeuil (plaine de Mirebeau), Grimault (plateau de Noyers) et d’Ouroux-sur-Saône (Val-de-Saône) sont concernées par une augmentation des linéaires de haies.

L’analyse des données fait apparaître de grandes disparités sur le territoire régional, avec :

  • une régression très importante des réseaux de haies dans le Nivernais (Ciez, Narcy), les Amognes et le Bazois central (Bona, Bazolles), le Forterre (Saints), la Puisaye (Saints, Charny, Rogny-les-Sept-Ecluses) et la Bresse (Mervans, Romenay, Savigny-en-Revermont) ;
  • la diminution des linéaires et la déstructuration des réseaux dans les zones actuelles de bocages comme le Morvan (Brassy, Châtin, la Grande Verrière), le pays d’Arnay (Arconcey), le Charolais (Les Bizots, Curtil-sous-Burnand) ;
  • la stabilité depuis une cinquantaine d’années du bocage du Brionnais (Briant) et de certains territoires (Jours-en-Vaux, Châtin) ;
  • l’absence, au milieu du XXe siècle, de réseaux structurés de haies sur la plupart des territoires traditionnellement orientés vers la grande culture (Izier, Grimault, Villethierry, Chazeuil).

 
L’organisation des réseaux de haies dans les régions de bocages et la structure des haies qui sont restées en place se modifient. Les connexions entre les haies sont moins complexes et leur nombre diminue. Cette évolution est cependant très variable d’une commune à une autre, voire au sein d’une même zone d’étude : des réseaux peuvent par exemple se maintenir dans les terrains situés à proximité de cours d’eau et disparaître sur les coteaux et les plateaux. Les haies qui se maintiennent sont généralement traitées en haies basses, c’est-à-dire taillées chaque année ou tous les deux ou trois ans. A l’inverse, on constate dans certaines zones une transformation de haies basses en haies hautes, ce qui pourraient être lié à l’abandon de tout entretien ou à la prise en compte de leur rôle d’abri pour le bétail.

Les évolutions qui affectent les réseaux de haies ont comme conséquence une diminution de leur intérêt pour la faune et la flore de ces milieux. La plupart des communes sont concernées par une diminution de l’indice bocage.

  • l’indice "bocage" a diminué en moyenne de 55% pour l’ensemble des sites étudiés. Cette diminution varie de 7 à 99%, sauf pour les communes de Losne, Cézy, Brassy et Izier, où la valeur de l’indice a augmenté. Ces augmentations sont cependant peu significatives puisqu’elles concernent surtout des zones de grandes cultures sans réseaux de haies structurés depuis au moins une cinquantaine d’années.

Cette diminution de l’indice "bocage" est liée à la déstructuration des réseaux et à la diminution des haies hautes et des arbres de haute tige au sein des haies. Leurs conséquences pour la faune et la flore sont par exemple :

  • une diminution de la diversité des habitats (arbres creux, haies hautes, talus…) ;
  • une nourriture moins importante ;
  • une plus grande difficulté de déplacements pour la faune (morcellement des habitats…).

Pour ce qui concerne les facteurs à l’origine de ces évolutions, il est difficile de les corréler avec des phénomènes précis, comme par exemple la restructuration des parcellaires provoquée par les remembrements. Les remembrements représentent généralement un outil susceptible d’accélérer le changement de la physionomie d’un espace qui, de toute façon, semble inéluctable.
En fait, chaque site connaît une évolution particulière, et les évolutions du bocage sont liées à une multitude de facteurs. Certaines d’entre eux souvent récurrents, comme par exemple :

  • des facteurs structurels, telles la concentration des exploitations agricoles, la diminution du nombre d’exploitations agricoles et de la main d’œuvre disponible, l’augmentation des surfaces cultivées au dépend des surfaces en herbe…
  • des facteurs techniques comme la mécanisation des tâches, l’acquisition de matériels agricoles, l’arrivée de la tronçonneuse dans les campagnes et des broyeurs, la mise en place des CUMA…
  • des facteurs réglementaires comme l’assouplissement des baux ruraux…
  • des facteurs culturels comme la diminution de la pratique de la chasse au petit gibier.

 

Les éléments susceptibles d’expliquer les évolutions des bocages en Bourgogne ont par ailleurs été présentés dans le rapport technique publié en décembre 2000 et la synthèse de ce dossier a été publiée dans le Repères n°20.